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Blade runner 2019 VS Blade runner 2049 

Quand un québécois (Denis Villeneuve) remplace un anglais (Ridley Scott), quand en 35 ans les technologies et les connaissances scientifiques ont évolué manifestement, quand les effets spéciaux de 1982, maintes fois récompensés, répondent à l’univers anxiogène hyper-réaliste et aux hologrammes humanisés de la version 2017, que reste-t-il de commun ?

« Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? »

L’inspirateur de Blade runner, Total Recall, Minory report n’est qu’un seul et même écrivain américain, né en 1928 et mort en 1982, année de la sortie de Blade Runner : Philip K. Dick. Ayant vécu toute sa vie dans une quasi pauvreté, il est l’unique auteur de Sciences fiction a être publié dans la prestigieuse collection Library of America, l’équivalent pour nous de la Pléïade.

Mais revenons à Blade Runner, celui de 1982, qui se passe en 2019. Souvenez-vous… Déjà à l’époque, le détecteur de mensonges Voight-Kampff, repris du livre de Dick, permettait de détecter les réactions physiologiques et émotionnelles des « Repliquants », prouvant ainsi qu’ils n’étaient pas humains, par l’évaluation de leur potentiel « d’empathie ». Variations de la respiration, rythme cardiaque, dilatation de la pupille, dégagement de phéromones, rougissement involontaire. Autant d’expressions d’émotions humaines.

Blade runner 2049, celui de 2017, poursuit le chemin des émotions et des cinq sens : c’est toujours en regardant les yeux, coordinateur de la pensée des répliquants qu’on identifie les humains des répliquants. C’est également dans un « émanateur » que l’agent K-Joe-Ryan Gosling vit et trouve l’amour, lui le Répliquant nouvelle génération. En effet, Joi/Ana de Arma est une intelligence artificielle implantée dans son appartement, programmée pour l’aimer, se changeant tour à tour en femme au foyer des années 1950, girl next door et star des années 2010. Ce sont toujours les émotions liées aux souvenirs que le scénario met en scène. Avec un dialogue mémorable qui puise ouvertement dans la dimension artistique des humains :

Agent K : « Comment savoir si un souvenir est un implant ? Ces souvenirs, qui les fabriquent ? D’où vient votre talent ?

Docteur Ana Stelline : Tout artiste met un peu de lui même dans son travail. Je suis enfermée depuis l’âge de 8 ans et j’ai donc mis en place un imaginaire.  Je crée des souvenirs pour les répliquants : si vous avez des souvenirs authentiques vous avez là des réactions tout simplement humaines.

Agent K : Comment fait on la différence ?

Docteur Ana Stelline : Le vrai souvenir naît de l’émotion. »

Euh… Ca serait possible une vision positive du futur ?

Mais Blade runner 2049 traine en longueur, nous noyant dans un chaos menaçant et glacé (le niveau des eaux a monté, la neige est omni présente et le réchauffement climatique a visiblement pris un nouveau virage !), nous immergeant dans un monde dirigé par des 0 et des 1 avec des déchetteries à la Anselm Kieffer (que j’aime beaucoup par ailleurs !) à perte de vue, un univers où le soleil et le ciel bleu n’ont pas droit de cité, une planète où la nature est réduite à sa plus stricte représentation – un arbre mort et une fleurette jaune, qui sert de pièce à conviction -.

Le XXIème siècle permet pourtant de penser différemment la vision apocalyptique des technologies : la technologie associée à une démarche créative, comme générateur d’émotions et d’innovation.

A rebours des univers « noirs et froids » de la Tech ou des « Blade Runner » anxiogènes, il y a de la place pour une ambiance solaire, joyeuse et généreuse, un cadre susceptible de générer l’émerveillement et des émotions, à travers nos cinq sens, la poésie, le décalage, l’humour, la surprise. Un monde qui soit aidé et non pas piloté par les technologies. Artistes et ingénieurs de tous les pays : Unissez-vous ! #CreativeTech