Paul Andreu, une valse à trois temps Interview et podcast exclusifs de Nadine Eghels Andreu par Creative Tech
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Un temps privilégié sur le croisement des disciplines, la liberté que Paul Andreu, exceptionnel architecte, écrivain et peintre, retrouvait dans chacune et les valeurs qu’il puisait dans certaines pour les réinjecter dans d’autres. A l’occasion de la sortie posthume en avril 2021 de son dernier roman Kaléidoscope et d’un livre d’essais Faire et Refaire, nous avons rencontré Nadine Eghels Andreu, créatrice des lectures et rencontres littéraires Textes et Voix, et épouse de Paul Andreu. Une valse en trois temps.

Un Paul Andreu, des Paul Andreu

 

Formé à Polytechnique, à l’école des Ponts et aux Beaux-Arts de Paris, Paul Andreu nous inspire, nous les humains férus d’exploration des arts, des sciences, et de la matière s’y trouvant au milieu ! Sa carrière et sa renommée débutent lorsque que la société des Aéroports de Paris lui confie l’architecture du mythique terminal 1 de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Il y travaillait précédemment en tant qu’ingénieur. L’architecture est la voie parfaite pour conjuguer son amour des sciences, qu’il aimait approfondir toujours plus, et la pratique artistique. Il trouve d’ailleurs ses premières libertés dans le dessin, puis dans l’écriture, qui devient un terrain de création pure, avec notamment le récit poétique L’Archipel de la Mémoire.

Premier croquis du terminal Roissy Charles De Gaulle de Paul Andreu ©CreativeTech

« C’était quelqu’un avec un besoin de création permanent. Un besoin qui s’est concrétisé dans tous les aspects de sa vie. La peinture par exemple, a été très vite un terrain de recherche pour lui. Ce qui l’intéressait était d’inventer des processus. Il cherchait dans la création quelque chose en plus ».

La pratique pluridisciplinaire est chère à Paul Andreu, superposant ou détachant les arts des uns des autres pour puiser de nouvelles libertés. Nadine Eghels Andreu explique : « son architecture était passionnante mais aussi pleine de contraintes. A côté, l’écriture et la peinture lui offraient des terrains de créativité merveilleux et intimes. La peinture lui a permis de créer aussi avec ses mains. Le Grand Théâtre National de Chine à Pékin à cet égard a été une expérience extraordinaire, car les conditions particulières de la construction en Chine à ce moment-là lui ont permis de faire beaucoup de choses lui-même : il a dessiné les garde-corps, le plafond de l’auditorium de la salle de concert. {…} Il y avait un engagement physique dans la réalisation qui l’a bouleversé. A la fin de sa vie, il passait plus de temps dans son atelier de peinture que dans son agence d’architecture. »

Croquis de l’Opéra du Grand Théâtre National de Pékin ©CreativeTech

La maîtrise et la rigueur restent pour autant au centre de sa vision, « il ne faisait pas des monuments mais des bâtiments qui pouvait devenir ensuite des objets d’art. Une fois respectés le programme, l’utilité et le budget, ainsi qu’il l’avait déclaré lors d’une interview, la beauté était son affaire. Autrement dit, d’abord la fonction pour ensuite y mettre de la beauté, en plus, comme quelque chose d’inattendu et d’inespéré. »

Les livres de sa vie

Pour découvrir l’humanité, la générosité et les talents de Paul Andreu, son épouse a rendu possible la publication de deux ouvrages faisant suite à ses nombreux récits, textes poétiques, essais. Kaléidoscope, un roman et Faire et refaire, un recueil d’essais, tous deux parus le premier avril 2021. 

On y retrouve comme le relate Nadine Eghels Andreu « son besoin de trouver des choses nouvelles. »

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« Il l’explique dans son texte Faire et Refaire. Faire et refaire, c’est refaire autrement, ou du moins différemment. Il ne s’agit pas de recommencer, mais de reprendre les choses, en allant plus loin. Chaque tentative se nourrit de l’expérience précédente et permet de reconsidérer autrement ce qui est du passé. C’est ce regard de va-et-vient sur le passé qui modifie le présent : chaque fois qu’on avance, notre perception du passé est différente. Ce mouvement perpétuel nourrit la création. On le retrouve aussi dans l’écriture. Celle-ci a toujours accompagné sa pratique de l’architecture mais peu à peu s’en est affranchie. L’archipel de la mémoire, un texte dont il n’est pas important de savoir dans quelle catégorie on peut le mettre, fait appel au savoir et à l’émotion pure. C’était son premier texte délibérément déconnecté de tout travail d’architecture, il n’aura cessé de chercher et d’explorer des voies nouvelles. »

Nadine Eghels Andreu et Paul Andreu sur le chantier du Grand Théâtre National de Pékin en 1999 ©CreativeTech

« {Dans Kaléidoscope}, il concentre l’essentiel de sa vie à travers neuf personnages, qui s’expriment tour à tour. Ils disent je ; ils sont des hommes, des femmes, des vieux, des jeunes. Ils forment un petit monde dont chacun connaît deux ou trois personnes. Chaque personne qui prend la parole apporte une vision nouvelle de ce petit monde, comme dans un kaléidoscope : à chaque tour, les mêmes éléments se recomposent autrement et donnent une perception différente d’une même réalité. De voix en voix, de personnages en personnages, se dessinent la vie, les relations autour d’une figure centrale qui ne prend pas la parole : c’est la figure d’un architecte qui est mort. L’histoire commence le jour de son décès … ainsi Paul met en scène sa propre mort et recompose sa vie. Mais il est aussi présent dans toutes les autres figures. C’est un livre qui parle d’architecture, qui parle d’amour, qui parle des hommes, qui parle des femmes, du temps qui passe et du jardin du Luxembourg»

Paul Andreu au futur

A ces ouvrages s’ajoutent divers projets et une pensée destinées à toutes les générations, pour penser collectivement. Nadine Eghels Andreu évoque les questionnements sur le temps et sa perception, l’espace, les cycles, l’instant. A l’issue de cette entrevue, de nombreux enseignements et inspirations pour le futur…

Carnet de croquis de Paul Andreu, Arche de la Défense, ©CreativeTech

« La question du développement durable et de l’écologie était très présente dans sa réflexion dès les années 80. Dans un de ses textes datant des années 90, il développe une réflexion sur le Grand Paris par exemple. Il réprouvait la volonté de vouloir constamment ralentir le temps de transport, et d’en faire un temps quasiment nul car il s’agit d’un temps d’enfermement sous la terre.

Pourquoi ne pas prendre les choses à l’envers et valoriser ce temps en concevant des transports aériens, économiques, électriques, non polluants et des transports où les gens ont du plaisir, qui peuvent leur offrir un moment de réflexion, de tranquillité. Un moment intéressant à vivre. Pourquoi faire toujours plus vite, toujours plus grand, toujours plus fort ? Faisons en sorte que la qualité de vie des gens soit plus intéressante. » L’utilité et les Humains demeurent des questions au cœur de son travail : « Comment les gens vont-ils se sentir dans ces ouvrages ? Comment ce bâtiment va-t-il vieillir ? Comment va-t-il s’adapter aux conditions ambiantes ? ». Une des plus belles manières de penser un avenir collectif.

Vue aérienne de l’aéroport Jakarta Soekarno-Hatta ©Paul Andreu

SAVE THE DATES !

Les livres :

  • Acheter ses deux livres ici.
  • Pour en savoir plus sur Kaléidoscope et Faire et refaire, nous vont conseillons cet article France Info.
  • Une version audio interprétée par neuf acteurs et actrices sera réalisée.

Les peintures :

  • Pour admirer les peintures de Paul Andreu, rendez-vous à la Galerie Eric Dupont, 138 Rue du Temple, 75003 Paris à partir du 4 au 25 septembre 2021.

Des lectures y seront données le 19 mai !

L’architecture :

  • Pour plonger dans les bâtiments de Paul Andreu, rendez-vous au Centre Pompidou à partir du 7 septembre 2021.

Pour tout renseignement : 

nadine.eghels@paulandreu-creations.com

Peintures de Paul Andreu ©Nadine Eghels Andreu 

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